Saint-Cyr-la-Rosière
Exposition de Log Cabin, dans le cadre du festival Tout Feu Tout Flamme
Du 07/02/2026 au 08/03/2026
Prieuré de Sainte-Gauburge, Écomusée du Perche | Saint-Cyr-la-Rosière

Dans le monde du quilt, le Log Cabin est emblématique du patchwork américain.

Le Log Cabin est un bloc de patchwork constitué d’un carré central et de bandelettes. La construction de ce bloc part du carré central, puis on ajoute les bandelettes une à une en tournant autour du carré, souvent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.

Ce bloc représente les premières maisons en bois des pionniers américains : le carré central symbolise l’âtre ; les bandes claires d’un côté du carré rappellent la lumière qui entre par les fenêtres, tandis que les bandes plus foncées représentent les parties les plus sombres de la maison.

Ce thème illustre parfaitement l’esprit du festival Tout Feu Tout Flamme : la chaleur et l’intimité du foyer.

Ecomusée du Perche Prieuré de Sainte-Gauburge 61130 Saint-Cyr la Rosière Tel : 02 33 73 48 06. Fax : 02 33 73 18 94 www.ecomuseeduperche.fr · accueil …

 

Quand le patchwork raconte l’Amérique, par Géraldine Chouard et Charles-Edouard de Broin 

Aux États-Unis, le patchwork est à l’image de la nation depuis son origine. Né d’un territoire en construction, d’une société en mouvement et d’une culture puritaine de la récupération, il accompagne l’histoire du pays dès ses débuts. Au sein du vaste répertoire de cet art populaire, le motif du Log Cabin, inspiré des cabanes de rondins des premiers pionniers, s’impose comme l’un des plus fondateurs. Il continue d’animer la pratique du patchwork à travers les innombrables variations dont il n’a cessé de faire l’objet depuis sa création jusqu’à nos jours.

Cette exposition consacrée aux patchworks américains Log Cabin propose une immersion dans l’un des motifs textiles les plus emblématiques de l’histoire des États-Unis. Présentées à partir de la collection de Charles-Édouard de Broin, unique en France avec plus de 250 pièces, ces œuvres révèlent la richesse esthétique, symbolique et sociale d’un motif intimement lié à la construction de l’Amérique rurale.

Un motif fondateur

Le Log Cabin, littéralement « cabane de rondins », apparaît parmi les tout premiers motifs réalisés par les pionnières américaines. D’une simplicité presque biblique, il repose sur une forme carrée centrale – souvent rouge – représentant le feu de l’âtre, cœur du foyer, autour duquel s’organisent les logs (rondins) dans le sens des aiguilles d’une montre. Ce motif évoque l’installation sur un territoire nouveau, la fondation d’un foyer et la naissance d’une communauté.

Dans l’Amérique du XIXᵉ siècle, la cabane de rondins est l’habitat emblématique des pionniers. Elle devient rapidement un symbole puissant d’indépendance, de persévérance et d’espoir. Comme on coud son premier Log Cabin, on se pique de devenir Américain.

1860 : l’âge d’or du Log Cabin

Si le motif existe dès le début du XIXᵉ siècle, c’est autour des années 1860 qu’il connaît sa diffusion la plus large et son apogée. Cette période coïncide avec l’ascension politique d’Abraham Lincoln, président des États-Unis de 1861 à 1865. Né dans une cabane de rondins, Lincoln incarne le récit fondateur de l’ American Dream, souvent résumé par l’expression célèbre : from the log cabin to the White House – de la cabane de rondins à la Maison-Blanche.

Largement relayé lors de sa campagne présidentielle, ce récit contribue à faire du Log Cabin un motif à la fois politique, social et domestique. Le parcours exemplaire de Lincoln, brutalement interrompu par son assassinat juste après la fin de la guerre de Sécession, marque durablement l’imaginaire collectif.

Une infinité de variations

À partir d’un schéma unique, le Log Cabin offre une liberté de composition exceptionnelle. Le jeu des couleurs claires et foncées, des contrastes et des rythmes permet de créer une multitude d’effets visuels. Ces quilts prennent des noms évocateurs : Barn Raising (Construction de la grange), Furrows (Sillons), Streaks of Lightning (Éclairs) ou encore Pinwheels (Ailes de moulin).

Certaines compositions restent fidèles à des arrangements traditionnels, tandis que d’autres annoncent une modernité étonnante, parfois presque abstraite. Cette capacité à être à la fois classique et contemporaine explique la longévité et l’actualité du Log Cabin dans l’histoire du patchwork américain.

Un art utilitaire, social et engagé

À l’origine, le patchwork est un art utilitaire. Ces quilts servaient principalement de couvre-lits, essentiels dans des habitations souvent modestes. Les tissus utilisés provenaient majoritairement de la récupération — vêtements usés, textiles domestiques. Chaque fragment porte la mémoire d’un usage antérieur, qui donne à ces œuvres leur valeur sensible.

Le patchwork est aussi une pratique sociale. Les femmes se réunissaient lors de quilting bees ou de quilting parties, partageaient leurs chutes de tissu, échangeaient motifs, techniques et idées. Ces moments étaient aussi des espaces de discussion et d’engagement et c’est ainsi que le patchwork est devenu alors une forme d’expression sociale et citoyenne. Certains motifs portaient un message politique : Drunkard’s Path (le chemin de l’ivrogne) était associé au mouvement de tempérance après la guerre de Sécession ; d’autres quilts furent liés aux luttes contre l’esclavage ou au combat pour le droit de vote des femmes au XIXᵉ siècle.

Une résonance avec l’artisanat rural

L’Ecomusée du Perche, par son attention portée à l’histoire des campagnes, aux pratiques agricoles et aux savoir-faire vernaculaires, offre un cadre particulièrement juste pour cette exposition. Les quilts Log Cabin, nés dans un monde rural en construction, dialoguent naturellement avec les collections du musée : machines, outils, bâtiments et objets qui racontent eux aussi l’ingéniosité quotidienne et la capacité des sociétés rurales à faire avec ce qu’elles ont.

Autrefois posés à l’horizontale comme de simples couvre-lits, ces quilts se déploient aujourd’hui à la verticale comme de véritables tableaux. Les couleurs, les motifs et les variations s’y orchestrent avec force et émotion, offrant au visiteur une lecture visuelle riche.

Cette exposition invite à redécouvrir une Amérique parfois oubliée et à entretenir la mémoire d’un pays qui s’est construit dans le tissu même de la vie ordinaire, État après État, d’Est en Ouest, comme on bâtit un patchwork.

https://www.ouest-france.fr/normandie/saint-cyr-la-rosiere-61130/art-quilt-et-perche-expose-a-lecomusee-aaaf3608-20c3-4007-ad4c-1ac10e0477ce